Les 10 innovations qui vont révolutionner la médecine

Quoi de neuf, Docteur ? Il apparaît difficile de répondre à cette question tant la recherche progresse à vitesse grand V. Imagerie médicale, chirurgie, cardiologie, électrostimulation… Pour vous présenter la médecine de demain, nous avons sélectionné les innovations médicales qui vont révolutionner la médecine et changer votre vie.

1 Le traitement extracorporel du cancer

ne équipe italienne a traité un patient atteint d'un cancer du foie très avancé grâce à une méthode inédite. Les chercheurs ont retiré l'organe, l'ont traité par irradiation avant de le réimplanter. Plusieurs mois après l'opération, l'homme qu'on disait condamné va bien. Cette technique pourra-t-elle demain être étendue à tous les organes transplantables : reins, poumons, pancréas… ?

Pour la première fois au monde, un cancer a été traité en retirant l'organe du corps, en lui administrant un traitement par radiothérapie et en le réimplantant. Cette opération extracorporelle a permis aux médecins d'administrer de fortes doses de radiations aux différentes tumeurs disséminées sur le foie, sans affecter les organes environnants.

Le traitement extracorporel du cancerUn cas "désespéré"

Agé de 48 ans, le patient était jugé comme étant dans une situation désespérée. Suite au diagnostic d'un cancer du colon, une partie de l'intestin lui avait été enlevé en 2000. Mais le cancer avait eu le temps d'atteindre un autre organe : le foie. Des scanners révélèrent pas moins de 14 tumeurs sur l'organe et, suite à l'opération, de nombreuses autres furent identifiées. De tels cancers sont généralement très difficiles à traiter par les moyens thérapeutiques conventionnels. Le pronostic avancé ne dépassait pas trois à quatre mois d'espérance de vie…
Face à l'urgence de la situation et l'inefficacité des chimiothérapies et des radiothérapies, les chercheurs de l'hôpital de San Matteo de Pavie (Italie) ont tenté une opération de la dernière chance.

L'aboutissement de 15 ans de recherche

Les chirurgiens Aris Zonta et le physicien Tazio Pinelli ont voulu essayer la méthode sur laquelle ils travaillent depuis 1987 :
  • Ils procèdent à une injection d'un composé avec des atomes de bore, qui va être absorbé sélectivement par les cellules cancéreuses ;
  • Un réacteur permet de projeter des neutrons sur l'organe ;
  • Une fois irradiés par les neutrons, les atomes de bore se désintègrent et détruisent les cellules cancéreuses.
Le hic est que les neutrons ont une faible capacité de pénétration, ils peuvent être bloqués par la cavité abdominale ou les os. C'est pourquoi les scientifiques ont prélevé le foie, qui a de plus pu recevoir des doses de bore plus importantes.
Un an après l'opération qui a duré 21 heures, l'homme est en bonne santé.

Vers de nouvelles applications ?

Cette nouvelle technique baptisée TAORMINA devrait bientôt concerner six autres patients. Des obstacles demeurent parmi lesquels le faible nombre de réacteurs à neutrons et la durée de l'opération qui limite son recours aux patients les plus robustes.
"Enthousiaste au vu des premiers résultats, le Dr Pirelli déclare dès maintenant que ce type d'opération permet le traitement intégral de l'organe malade et peut être étendu à tous les organes transplantables : reins, pancréas, poumons…". Pour le moment, les experts restent prudents, une seule personne ayant été traitée. Même s'il est encore trop tôt pour se prononcer sur l'efficacité et l'innocuité de cette technique, elle apparaît déjà comme une solution inédite pour des patients jusqu'alors condamnés.

2 Au coeur de l'innovation

En France, plus de cent mille patients subissent chaque année une opération cardiaque. Dans ce domaine, de nombreuses innovations vont permettre de révolutionner une discipline encore récente. Zoom sur les dernières découvertes qui vous tiennent à coeur.
Se développant sur une plaque d' athérome (dépôt graisseux à l'intérieur d'une artère), un caillot sanguin (ou thrombose) peut conduire à l'occlusion d'une artère coronaire : c'est l'infarctus du myocarde. Privé de son irrigation sanguine, le muscle cardiaque perd de son apport en oxygène. Longtemps, les médecins ont eu le choix entre la réduction des facteurs de risque d'une part et la chirurgie lourde de pontage en cas de crise aiguë. Face à cette situation d'urgence, les traitements reposent aujourd'hui sur des techniques de moins en moins lourdes.

Des solutions qui ne manquent pas de ressort !

Ces dernières années ont vu une nette amélioration des techniques non invasives. Face à l'obstruction d'un réseau coronarien, il est possible d'introduire un minuscule cathéter, muni à son extrémité d'un ballon gonflable. Une fois arrivé sur la zone obstruée, le ballon est gonflé et permet de rétablir le diamètre d'ouverture naturelle de l'artère et ainsi la circulation sanguine.
Au coeur de l’innovationSi le résultat n'est pas satisfaisant, le chirurgien pose alors une endoprothèse, aussi appelée stent. Cette sorte de petit ressort métallique permet de maintenir l'artère "ouverte". Il s'agit d'une alternative aux opérations lourdes à coeur ouvert.
En 2002, on estime qu'environ 110 000 stents ont été implantés 1. Ils permettent de réduire de 90 % le nombre de pontages coronariens en urgence et de 35 à 50 % la nécessité de tout type de ré-intervention.
Mais les complications ne sont pas rares. Dans 20 à 30 % des cas, l'artère se rétrécit à nouveau à l'endroit même de la dilatation, en raison d'une cicatrisation excessive, dans un délai de quelques semaines à 6 mois.
Mais les stents ne se contentent plus de simple contention mécanique, ils deviennent désormais des dispensateurs de substances qui préviennent la resténose: la Rapamycine cytostatique et le Taxol cytotoxique.
Développé par Cordis, un nouveau stent libère une substance naturelle : le sirolimus. Ce produit est notamment utilisé dans la prévention du rejet chez les transplantés rénaux. Ses propriétés anti-proliférative et anti-inflammatoire permettent de bloquer le cycle de prolifération des cellules sans pour autant les détruire et de réduire la réaction inflammatoire locale.
Les premières études (RAVEL 2, CYPHER 3…) de ces stents "intelligents" ont obtenu des résultats très prometteurs. Des experts estiment que, chaque année, 25 000 à 30 000 malades pourraient bénéficier de ce nouveau dispositif pour lequel le fabricant demande un prix de 2 050 €uros… mais ce coût élevé doit aussi être comparé avec celui des interventions qui vont de 4 000 à 20 000 €uros !

Un pontage sans suture !

Mais parfois, en fonction de la localisation ou du caractère urgent de la situation, le traitement nécessite de plus lourdes interventions. Face à une situation d'urgence, l'une des solutions est de contourner la zone obstruée à l'aide d'un morceau de veine du patient. Pour réaliser cette prouesse, il faut coudre ce greffon ou anastomose de part et d'autre de l'obstacle. Les sutures de ces anastomoses requièrent beaucoup d'adresse et de temps, près de 3 heures.      
Pour alléger cette procédure, des cardiologues suisses 4 ont mis au point un système de bague à griffes qui réduit l'opération à quelques minutes. Au-delà de ce gain de temps, la mise en place de ce mécanisme développé par une société américaine St Jude Medical Anasmotic Technology Group ne nécessite aucune suture et est beaucoup plus aisée.
Après de nombreux essais effectués sur des chiens, les équipes suisses et américaines rapportent les résultats de la première opération de ce type chez un patient de 61 ans. Après un triple pontage, le patient se porte bien. Les premiers résultats sont très encourageants. Avant d'envisager une généralisation de cette technique, des études sur un plus grand nombre de patients et un suivi sur une plus longue période seront néanmoins nécessaires.

Pose d'une valve cardiaque sans chirurgie : une première française

Agé de 57 ans, Eugène est transféré mourant au CHU de Rouen. Victime d'un rétrécissement d'une artère aortique, son état de santé rend impossible le recours aux techniques classiques de dilatation aortique et encore moins de remplacement de la valve par chirurgie à coeur ouvert… Pour ce "condamné", une tentative de la dernière chance lui a été proposée : l'introduction d'une valve artificielle par une veine (veine fémorale) sans chirurgie ni recours à une anesthésie générale.
Les travaux de l'équipe de Rouen débutés dans les années 1990 ont permis la mise au point de valve artificielle originale pouvant être implantée grâce à un cathéter (long tube creux, fin et flexible que l'on introduit jusque dans le coeur). Schématiquement, la valve est comprimée à la surface d'un ballonnet gonflable et entouré d'un grillage métallique (stent). Une fois arrivée à l'endroit désiré, le gonflage permet l'expansion du stent et l'ancrage de la valve en regard de la valve malade.
Cette première mondiale a été réalisée en deux heures par l'équipe du Pr. Cribier, chef de service de cardiologie de l'hôpital Charles Nicolle. Les résultats ont été immédiatement évalués et ont confirmé l'excellente fonction valvulaire. Selon le communiqué suivant cette opération effectuée le 16 avril 2002, l'amélioration est "spectaculaire" avec retour d'une pression artérielle normale alors qu'elle était effondrée.
Bien que cette technique ne puisse être rapidement élargie, elle constitue un espoir considérable pour les patients trop faibles pour une opération à coeur ouvert, ceux refusant une anesthésie générale ou pour les pays en voie de développement pour lesquels la chirurgie cardiaque est trop coûteuse. Mais ces problèmes de coût concernent également la France, ainsi le Syndicat national des spécialistes des maladies du coeur et des vaisseaux dénonçait en décembre 2002 l'impossibilité pour les médecins libéraux d'utiliser deux innovations majeures en cardiologie : le stent Cypher® et les défibrillateurs automatiques implantables. Faute de remboursement par l'assurance maladie, seuls les hôpitaux qui peuvent en assumer le coût financier ont recours à ces deux innovations.
Des radiations pour une meilleure circulation
Publiées en janvier 2001, deux études par le Pr. Vérin 1 de l'hôpital Universitaire de Genève et par le Dr. Leon du Lennox Hill Hospital de New York 2, détaillent les bénéfices apportés par l'utilisation de radiations ionisantes à faible dose, dans la prévention de la resténose. En déposant une source de radiations bêta ou gamma dans l'artère des patients pendant quelques minutes, ils ont réussi à diminuer de 70 % le taux de resténose. Ces deux techniques, très performantes, permettent non seulement d'éviter que l'artère se rebouche mais aussi d'augmenter son élargissement. Cependant l'irradiation gamma doit être couplée à une prise régulière d'aspirine, pour prévenir la formation de caillots sanguins. En permettant un élargissement à long terme, cette technique éviterait aux patients la nécessité d'une nouvelle intervention. Ces faibles radiations n'ont-elles que des avantages ? Oui, a priori, mais il est difficile pour une technique aussi récente d'évaluer les éventuels effets secondaires à moyen et long terme. Delphine Berdah
1 et 2 - New England Journal of Medicine, 25 jan 2001 (vol. 344, n° 4)

3 Greffe de cellules pour sauver votre coeur

Plus de 20 millions de personnes souffrent d'insuffisance cardiaque dans le monde, dont 500 000 en France. Pour ces malades, un nouvel espoir de traitement prend forme. En effet, un essai de thérapie cellulaire mené sur plus de 300 personnes va débuter en Europe et aux Etats-Unis. Basé sur une greffe de cellules musculaires de la cuisse, cette technique semble extrêmement prometteuse. Détails d'un procédé révolutionnaire…
L'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) et la firme Genzyme l'ont annoncé : un essai thérapeutique à grande échelle va être lancé pour traiter l'insuffisance cardiaque.

Quand le muscle cardiaque va mal

Greffe de cellules pour le coeur L'insuffisance cardiaque est un problème qui fait souvent (une fois sur deux) suite à un infarctus. Cet accident vasculaire survient lorsqu'une artère coronaire (qui nourrit le coeur) se bouche. Toute une partie de cet organe n'est plus irriguée et meurt. Une partie du coeur ne peut plus se contracter et se nécrose : il y a alors une "insuffisance cardiaque". Pour l'instant, il existe différentes techniques pour essayer d'améliorer les fonctions cardiaques des patients. Différents traitements médicamenteux vont ainsi limiter les troubles et surtout prévenir les complications. Dans les cas les plus graves, le défibrillateur automatique implantable, voire la transplantation cardiaque et le coeur artificiel sont les ultimes méthodes de traitement.

Un coeur qui a de la cuisse

La technique qui va être testée par l'AP-HP et Genzyme est celle de la thérapie cellulaire. Les cellules du coeur n'ont en effet aucune capacité de régénération. L'idée est donc de prélever des cellules musculaires ailleurs et de les réimplanter dans le coeur. Il n'y a ainsi aucun risque de rejet. C'est ce qu'a réalisé pour la première fois en 2000 l'équipe du Pr. Menasché, de l'Hôpital Saint-Louis (Paris)*. Les scientifiques ont prélevé des cellules souches musculaires de la cuisse d'un patient : les myoblastes. Ils les ont ensuite mises en culture pour en obtenir presque un milliard en quelques semaines. Puis ils les ont implantées dans le coeur du malade. Et les résultats étaient surprenants : la partie du coeur endommagée se remet à fonctionner partiellement. Depuis ce premier résultat, 10 malades ont bénéficié de ce traitement, dans le cadre d'un essai de faisabilité.

Qui pourra en profiter ?

Ce traitement s'adresse potentiellement aux 500 000 insuffisants cardiaques français, ainsi qu'aux 100 000 nouveaux cas environ qui apparaissent chaque année. Mais concrètement, il concerne uniquement ceux qui répondent mal aux traitements ou chez qui la transplantation cardiaque n'est pas envisageable. De plus, cette thérapie cellulaire ne pourra pas remplacer une greffe de coeur lorsque cette alternative s'avère indispensable. Enfin, il faut souligner que cette méthode n'est pas dénuée de risques : une tachycardie (troubles du rythme cardiaque) pourrait apparaître momentanément entre 2 et 4 semaines après l'implantation des cellules.
L'essai devrait débuter à l'automne, en Europe et en Amérique du Nord, sur un total de 300 patients. En France, 100 personnes seront prises en charge, le protocole étant coordonné par le Pr. Menasché à l'Hôpital Européen Georges Pompidou. Les cellules utilisées seront produites à l'hôpital Saint-Louis et à Cambridge (USA). Si l'efficacité de cette technique est confirmée, elle pourrait être disponible d'ici quelques années…

4 La vidéo-capsule, une alternative à la coloscopie ?

La capsule vidéo-endoscopique sert, au même titre que l'endoscopie, à explorer l'intérieur du tube digestif à la recherche d'éventuelles anomalies de l'intestin ou du côlon. Développé au début des années 2000 par une firme israélienne, ce dispositif, qui se présente sous la forme d'une gélule, est une sorte d'appareil photo numérique que l'on ingère et qui progresse tout au long du tube digestif. 
Saignements digestifs, dépistage de polypes, pour toutes les pathologies de l'intestin la méthode d'exploration la plus efficace est, sans aucun doute, de regarder ce qui se passe à l'intérieur du tube digestif. Jusqu'au début des années 2000, c'est l'endoscopie qui était l'examen de référence. Depuis, une nouvelle technique, beaucoup moins invasive, est venue compléter l'arsenal diagnostique dans le dépistage des anomalies de l'intestin.

Un véritable progrès diagnostic

L'endoscopie consiste à introduire par la bouche, ou par l'anus, un long tube muni de fibres optiques, afin de filmer l'intérieur du conduit digestif, de réaliser des prélèvements, voire d'enlever des polypes ou de colmater un vaisseau endommagé. On parle de coloscopie pour l'exploration du gros intestin (ou côlon) et d'entéroscopie pour celle de l'intestin grêle.
Mais l'endoscopie présente quelques inconvénients majeurs :
  • Sans anesthésie générale, elle est parfois désagréable, et source d'appréhension par les patients ;
  • Du fait de la longueur de l'appareil digestif, certaines zones sont difficiles ou impossibles à explorer.
"Ainsi, on a longtemps considéré l'intestin grêle comme une véritable "boîte noire". Du fait de sa longueur de 3 à 9 mètres, les procédures classiques telles que l'entéroscopie ne permettent pas d'explorer plus d'un mètre de sa partie proximale - le jéjunum - et 70 cm de sa partie distale - l'iléon", précise à Doctissimo le Pr Gérard Gay du CHU de Nancy, vice-président de la société française d'endoscopie digestive.

Une caméra vidéo sous forme de capsule à ingérer

Capsule ImagingEn l'an 2000, des chercheurs israéliens de la société Given Imaging ont développé une vidéocapsule pour faciliter l'exploration du tube digestif. 
Baptisé PillCam, le dispositif se présente sous la forme d'une gélule contenant une minuscule caméra vidéo et une source lumineuse, indispensable pour éclairer l'intérieur de l'intestin. Une fois avalée, la vidéocapsule progresse naturellement à l'intérieur du corps, propulsée par les contractions habituelles de la muqueuse digestive et la gravité. La caméra permet d'enregistrer des images vidéos, transmises par télémétrie à un enregistreur externe que le patient porte à la ceinture. La personne peut continuer à vaquer à ses occupations, notamment travailler, tandis que la gélule explore son tube digestif. La capsule est éliminée dans un délai de 24 heures avec les selles.
"Cette capsule est un véritable progrès en matière de diagnostic des maladies de l'intestin grêle. Au terme de l'exploration, huit heures d'images sont stockées et doivent être analysées. Un tel volume d'informations nécessite une analyse d'une heure et demi à trois heures", précise le Pr. Gay.

Les indications de la vidéocapsule

La vidéocapsule est utilisée depuis ses débuts pour l'exploration de l'intestin grêle. Sa principale indication est la recherche de la cause d’un saignement, non découverte par un des examens classiques. Elle intervient donc en deuxième intention. Seule contre-indication : un rétrécissement de l'intestin grêle, dû à une maladie inflammatoire de l'intestin, une maladie de Crohn, ou conséquences d'une radiothérapie de l'intestin grêle.
microcapsule
Depuis 2013, PillCam a été adaptée à l'exploration du côlon, d'un diamètre plus large que celui de l'intestin grêle. Nécessitant la même préparation qu'une coloscopie, l'exploration du côlon par vidéocapsule n'est réalisée que lorsque la coloscopie est contre-indiquée, qu'elle a été incomplète ou refusée par le patient. En outre, la vidéocapsule ne permet pas d'intervenir sur la lésion qu'elle a permis de repérer ; le patient à qui l'on découvre un polype doit donc subir une coloscopie pour se le faire retirer. La vidéocapsule ne remplace donc en aucun cas l'examen classique qui est pratiqué pour le diagnostic du cancer du côlon.

5 Cancer du sein : vers une chirurgie à minima

Le cancer du sein peut se propager à d'autres organes (métastases du foie, du poumon, etc.) via la lymphe. Passage obligé de ce liquide, un certain nombre de ganglions axillaires peut être enlevé en même temps que l'opération de la tumeur. Ce curage axillaire peut néanmoins entraîner des séquelles douloureuses. Une nouvelle méthode moins traumatisante pourrait y remédier : la technique du ganglion sentinelle.
L'envahissement des ganglions lymphatiques situés dans les aisselles représente la première étape vers le développement de métastases dans le cancer du sein. Il conditionne en grande partie le pronostic de ce cancer et son traitement.

Eviter la propagation du cancer

Si une tumeur opérée mesure moins d'un millimètre de diamètre et n'a pas encore envahi les ganglions, elle a neuf chances sur dix de guérir. Mais s'il existe déjà un envahissement ganglionnaire au moment du traitement, les chances de guérison ne sont plus que de 50 %.
Pour préserver au maximum les possibilités de survie, les ganglions atteints doivent être enlevés et le traitement complété par une chimiothérapie qui permettra de détruire les cellules tumorales disséminées dans l'organisme.
Cancer du sein et chirurgieJusqu'à une période très récente, l'ablation d'une tumeur invasive du sein (c'est-à-dire ayant commencé à infiltrer la glande mammaire) était donc systématiquement associée à un curage axillaire du côté atteint. Cette opération consiste en l'ablation d'une partie de la chaîne ganglionnaire située dans l'aisselle du côté du sein traité. Autrefois, la totalité des ganglions était enlevée. Aujourd'hui, une dizaine de ganglions sont enlevés et examinés.

Les inconvénients du curage

Parmi les conséquences du curage axillaire, on note l'atteinte du drainage lymphatique du sein et du bras, une augmentation de la sensibilité aux infections au niveau du bras. De plus, ce curage peut entraîner des douleurs et une certaine impotence du bras dans les semaines qui suivent l'intervention. L'aide d'un kinésithérapeute permettra de retrouver progressivement toute sa mobilité.
Au terme des trois à huit jours d'opération, un redon (petit tuyau servant à évacuer la lymphe) est laissé en place en dessous du bras. Malgré cela, le drainage de la lymphe se fait moins efficacement, ainsi un tiers des femmes a besoin d'une ponction suite à l'opération.
Enfin, 5 % des femmes doivent faire face après plusieurs années à un problème de "gros bras" ou lymphoedème du bras. Ce gonflement de la main et du bras très douloureux empoisonne la vie des patientes atteintes. Actuellement, on ne dispose d'aucun traitement réellement efficace face à ce problème.

Repérer les sentinelles

Développée depuis le début des années 1990, la technique du ganglion sentinelle est beaucoup moins traumatisante. Il s'agit de repérer les premiers ganglions de la chaîne axillaire, ceux qui seront les premiers à être envahis par les cellules malignes, et de les enlever pour les examiner. Un véritable curage ne sera effectué que s'ils sont atteints. 
En pratique, une substance radioactive légère et un colorant sont injectés autour de la tumeur, peu avant son ablation. Ces substances vont cheminer dans le système lymphatique et se concentrer dans les premiers ganglions qui drainent la tumeur, les ganglions sentinelles. Ce "marquage" permet au chirurgien de les repérer et de les enlever à travers une toute petite incision.
En moyenne deux ganglions sont prélevés et examinés aussitôt au laboratoire, au cours même de l'intervention. S'ils sont cancéreux, toute la chaîne ganglionnaire est enlevée. Dans le cas contraire, l'opération s'arrête là.
Mais une analyse plus approfondie sera réalisée dans les jours qui suivent. Certaines femmes pourront être à nouveau opérées pour un véritable curage, si les ganglions se révèlent finalement envahis. L'indication d'une chimiothérapie sera décidée selon plusieurs critères, parmi lesquels la présence ou l'absence d'envahissement ganglionnaire tient une place importante.

Plus d'une femme sur deux

La technique du ganglion sentinelle s'adresse à toutes les femmes ayant un cancer du sein de diamètre inférieur à 15 ou 20 mm, sans ganglion palpable dans l'aisselle, à condition que la tumeur soit unique et que la femme n'ait pas reçu de chimiothérapie dite néoadjuvante (chimiothérapie proposée dans certains cas, avant l'intervention pour diminuer la taille de la tumeur et augmenter les chances d'une chirurgie conservatrices).
"Dans notre expérience, cela représente plus de la moitié des patientes » estime le Dr Emmanuel Barranger (hôpital Tenon) "Mais cela concernera de plus en plus de femmes à mesure que le dépistage deviendra plus performant. La taille moyenne des tumeurs dépistées est actuellement de 15 mm".

Dans quelques centres seulement

Introduite en France il y a deux ou trois ans, cette technique n'est malheureusement réalisée que dans quelques centres anticancéreux. Elle a l'avantage d'éviter des curages axillaires inutiles dans 70 % des cas, car le risque d'envahissement ganglionnaire n'est que de 30 % dans ces petites tumeurs.
"Cela signifie pas de soins postopératoires (drains), moins de douleurs, tout un confort" souligne le Dr Barranger. L'hospitalisation est plus courte et le risque de séquelles minime. Néanmoins, 30 % des patientes devront avoir finalement un curage ganglionnaire :
  • Soit au cours de l'intervention, parce que l'examen immédiat était positif ou, plus rarement, parce que le ou les ganglions sentinelles n'ont pas pu être repérés ;
  • Soit lors d'une deuxième intervention, car l'examen plus approfondi des ganglions a montré la présence de cellules malignes.

Un certain nombre de "réinterventions"

La technique du ganglion sentinelle a aussi des inconvénients. Le premier est de devoir réopérer un certain nombre de patientes, là aussi sous anesthésie générale, pour un curage. Le deuxième est de courir le risque de laisser en place des ganglions métastatiques. La proportion de ces faux négatifs est de 3 à 5 %. "Mais le risque est étroitement lié à l'expérience du chirurgien, au nombre d'interventions qu'il réalise" observe le Dr Barranger.
Enfin, bien que le recul soit de dix ans environ aux Etats-Unis, on ne dispose pas encore d'études comparatives entre le curage axillaire systématique et la technique du ganglion sentinelle pour évaluer les effets de ces deux stratégies sur la survie à long terme. C'est seulement lorsque de telles études seront disponibles que l'on pourra juger véritablement des avantages de cette technique.

6 La santé, c'est simple comme un coup de fil !

Longtemps décrié, le téléphone portable pourrait bien se voir attribuer de nouvelles vertus. Des scientifiques britanniques viennent de développer un système de veille à distance via le téléphone portable. Cette technologie pourrait permettre la surveillance de patients situés à des milliers de kilomètres de là.
Exaspéré par des sonneries au restaurant, au cinéma ou au théâtre, vous avez plus d'une fois maudit l'inventeur du téléphone portable. Mais de récentes découvertes pourraient bien vous faire changer d'avis !

Surveiller des patients via leur mobile

Des chercheurs de l'Université de Loughborough ont réussi à développer une technologie permettant de surveiller des malades à distance. Les paramètres corporels tels que les pulsations cardiaques, la tension artérielle ou la température pourraient être transmis à des médecins très éloignés via le réseau des téléphones portables. Responsable de cette découverte, le Pr. Woodmard précise que toute variable qui peut être mesurée électroniquement peut être transmise via le réseau des téléphones portables.
Vivant à plusieurs kilomètres d'un hôpital, un patient pourra subir un examen de routine grâce à quelques électrodes placées sur son torse et reliées à un boîtier électronique fixé à sa ceinture. Les signaux produits par les électrodes seront enregistrés par le boîtier et convertis en signaux infrarouges similaires à ceux de votre télécommande. Un récepteur fixé sur votre portable recueillera les données et les transmettra à l'ordinateur de votre médecin.
La téléphonie et la médecineSelon les scientifiques britanniques, les signaux ont pu être retranscrits fidèlement à maintes reprises. La seule limitation étant celle du réseau téléphonique… Attention quand vous passez dans un tunnel !

Détecter l'Alzheimer par téléphone

Détecter les premiers signes de démence par téléphone ! Voilà une bien étrange idée, non ? Pas vraiment, car une telle technologie permettrait un dépistage aisé des premiers signes de la maladie d'Alzheimer ou d'autres types de démences.
La firme HealthCare Technology Systems 1 déclare être capable d'un tel exploit avec des résultats très satisfaisants. Dans l'étude conduite par le Pr. Mundt, le système identifia 82 % des personnes âgées de 56 à 93 ans diagnostiquées avec des troubles cognitifs par leur médecin. Chez les personnes qui en étaient exemptes, 80 % furent détectées. Au total, 155 personnes participèrent à cette étude.
Financé par le National Institute on Aging (institut américain de la vieillesse), ce système pourrait se révéler très utile pour les personnes détectées plus tôt. Pour la maladie d'Alzheimer, les traitements permettent de ralentir la progression de la maladie. Ainsi, on comprend aisément le bénéfice d'une prise en charge précoce.
Les chercheurs précisent néanmoins que cette détection ne remplace en aucun cas le diagnostic clinique. Alertés par cette technologie, les patients pourront prendre rendez-vous avec leur médecin. Des systèmes similaires ont été développés pour un dépistage de la dépression, de l'anxiété, de la toxicomanie ou de l'hypertension.

Pas même besoin de décrocher

Plus étonnant encore, des scientifiques américains ont constaté que les ondes émises par votre téléphone portable sont modifiées par les mouvements des poumons et du coeur 2.
Cet effet Doppler à l'origine du fonctionnement des scanners serait à l'origine de variations de la fréquence des ondes de l'ordre d'un milliardième de hertz. Pourtant, les chercheurs sont persuadés de pouvoir les capter en modifiant les portables. Suite à une catastrophe naturelle ou un accident, votre portable pourrait transmettre aux premiers secours des indications capitales sans même avoir à décrocher.

 7 Réalité virtuelle, scalpel intelligent... la chirurgie de demain est en marche

Des systèmes de réalité virtuelle pour permettre aux chirurgiens de se former, des scalpels capables de "sentir" ce qu'ils coupent, des robots chirurgiens de plus en plus performants… Voilà quelques-unes des innovations, qui vont changer la chirurgie de demain. Vous ne regarderez plus votre chirurgien de la même manière…

Les nouvelles technologies ont déjà un impact majeur sur la gestion de la santé. La révolution numérique n'épargne pas même la chirurgie. Découvrez trois domaines qui pourraient bien transformer les salles d'opération.

Les chirurgiens se mettent à la réalité virtuelle

L'informatique au service de la médecineDe la même manière que les pilotes de ligne s'entraînent des heures sur des simulateurs, les chirurgiens bénéficient de plus en plus des progrès informatiques.
Ainsi, de nombreuses entreprises se sont lancées dans la mise au point de simulateurs en trois dimensions, permettant aux chirurgiens d'exercer la dextérité propre à leur activité. Les médias se sont ainsi fait l'écho de systèmes permettant la modélisation d'organes humains s'appuyant sur la réalité virtuelle.
En tapant "réalité virtuelle et chirurgie" sur Medline, la plus grande base de données recensant les publications scientifiques, on ne trouve pas moins de 214 publications. On a vu tour à tour un simulateur de gestes pour les opérations du foie développé par l'Institut national de recherche en informatique et automatique (Inria), les opérations en coloscopie présentées lors du festival de la science en Grande-Bretagne, gastroscopie, gynécologie, neurologie, ophtalmologie, etc.
Casques virtuels, scalpels au bout de bras robotiques… La salle d'opération pourrait bientôt changer de physionomie. Mais quel que puisse être le degré de sophistication de ces systèmes, ils se heurtent actuellement à un obstacle de taille : rendre compte de la texture des tissus opérés. La distinction entre la peau et l'os peut être rendue mais pour des différences tactiles plus subtiles, les chercheurs progressent à petit pas.

Un scalpel intelligent !

La chirurgie du futur pourrait bien accueillir de nouveaux outils parmi lesquels des scalpels intelligents. Des scientifiques japonais de l'Université de Tokyo développent actuellement des outils capables de "sentir" la forme et la texture des objets qu'ils touchent.
Ces nouvelles avancées en haptique (étude scientifique du toucher) pourraient révolutionner la chirurgie. Pour démontrer les possibilités de leur technologie Smart-Tool, les chercheurs ont utilisé un verre dans lequel se superposaient une couche d'huile et une couche d'eau. Alors que la distinction est impossible au toucher, le stylet Smart-Tool a permis de distinguer les deux milieux. L'expérience a pu être reconduite avec des oeufs durs, le stylet distinguant le jaune du blanc.
On comprend les incroyables possibilités chirurgicales si des scalpels pouvaient être équipés de la même technique. Ils permettraient une précision inégalée.

Les robots envahissent la salle d'opération

Les robots débarquent également en salle d'opération. Dès 1998, un nouveau robot d'intervention "Da Vinci", développé par une société américaine Intuitive Surgical Inc, est utilisé lors d'une opération du coeur, pratiquée par le Professeur Carpentier.
Les principales innovations de ce système comprennent un poignet artificiel (encore bien plus performant que la main du chirurgien !) et une caméra tridimensionnelle. Derrière sa console, le chirurgien opère virtuellement à l'aide de petites manettes. Ses gestes sont analysés puis retranscrits par les bras articulés du robot au contact du malade. En France, deux programmes de "robots chirurgicaux" sont déjà l'essai.
Mi-juillet, une équipe de chirurgie orthopédique de Bordeaux a réalisé l'implantation d'une prothèse du genou, aidée par un robot chirurgien. Cette première nationale a succédé à une première mondiale réalisée par une équipe de l'Institut mutualiste Montsouris : une ablation du colon gauche et une autre du rectum grâce à un assistant robot fabriqué par la firme Altera.
Les robots peuvent même assister l'homme dans des opérations de neurochirurgie. L'une des principales difficultés de la chirurgie du cerveau est le risque d'endommager des tissus sains en ciblant la tumeur ou la zone affectée. Ainsi, certaines localisations tumorales rendent les opérations impossibles.
Les robots peuvent assister le chirurgien en guidant les instruments chirurgicaux sur la zone ciblée avec une extrême précision, minimisant ainsi les risques de dommages cérébraux. Le robot Pathfinder de la firme Armstrong Healthcare est le premier robot capable d'établir une cartographie du cerveau à partir d'une visualisation par scanner du crane d'un patient et d'aider le praticien dans le choix du parcours
Ces découvertes ne représentent que trois grands axes de recherche et ne prétendent en rien être exhaustives. Les techniques d'imagerie médicale avec la mise au point d'endoscopes toujours plus performant ou de techniques non invasives de plus en plus précises sont autant de domaines qui préfigurent sans nul doute la chirurgie du futur. Demain, passer sur le billard pourrait être un jeu d'enfant ! 

Gadgets high-tech ou incontournables du futur ?

Des caméras aussi petites qu'une gélule, des robots capables de pratiquer des opérations avec une précision toute chirurgicale… les avancées technologiques ne cessent de nous surprendre. Mais elles peuvent parfois trouver des applications plus étonnantes encore. Une brosse à dents avec caméra, un T-shirt à la vitamine C, des toilettes intelligentes… Doctissimo vous présente trois produits, qui pourraient bientôt constituer des éléments de votre quotidien.
La recherche emprunte parfois des voies surprenantes. Vous pourriez bientôt commencer votre journée en vous lavant les dents avec une brosse équipée d'une caméra et enfiler un T-shirt qui vous fournira votre dose journalière de vitamines. En cas de petits besoins, vous pourriez faire un petit check-up santé en passant aux toilettes.

Ils sont fous ces Japonais !

Un WC Une compagnie japonaise est en train de développer une brosse à dents équipée d'une caméra. Cette étrange invention devrait permettre aux utilisateurs de vérifier l'efficacité du brossage. Les déchets piégés dans les dents peuvent entraîner des caries ainsi qu'une mauvaise haleine. Une hygiène dentaire insuffisante a même été reliée à des problèmes respiratoires ou à des accouchements prématurés. Mais grâce à l'oeil indiscret de cette mini-caméra, pas moyen d'échapper à un bon coup de brosse. Rapporté par le New Scientist, cette découverte est développée par Panasonic.
Autre innovation japonaise des plus surprenantes : des T-Shirts capables de délivrer une dose journalière de vitamine C. La compagnie Fuji Spinning Company aurait ainsi développé une fibre contenant une "pro-vitamine" capable de se transformer en vitamine C au contact de la peau. Les fibres conserveraient même leur efficacité après 30 lavages.
Rappelons néanmoins, que le seul moyen de disposer de la bonne dose quotidienne de vitamines reste aujourd'hui une alimentation équilibrée, riche en fruits et en légumes.

Les WC du futur sont là !

"Vous semblez en bonne santé mais vous ne mangez pas assez de fibres". Tel pourrait bientôt être ce que vous entendrez dans vos toilettes !
C'est du moins la promesse d'une firme anglo-saxonne Twyford qui a déjà fabriqué un prototype de cuvette interactive ! Premièrement, ces toilettes reconnaissent les utilisateurs à la voix et s'adaptent à la stature de chacun, se baissant pour un enfant. Mais la véritable révolution a lieu à l'intérieur même de la cuvette où plusieurs capteurs vont vérifier l'état de santé des utilisateurs. En cas de problèmes, l'ordinateur intégré pourrait même envoyer un e-mail au médecin pour le prévenir. Ces toilettes font aussi de la prévention en surveillant les carences alimentaires de chacun. Dernière innovation, la chasse d'eau est déclenchée par infrarouge et libère la quantité d'eau minimum.
Cette invention devrait être commercialisée d'ici cinq ans. Mais son prix reste élevé : environ 7 600 €uros ! Si elles ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale, ces toilettes ne risquent donc pas de détrôner les cabinets… de médecins !

 8 La médecine s'affranchit des distances

Septembre 2001, France Telecom et l'Institut de recherche contre les cancers de l'appareil digestif réalisaient à New-York une première mondiale en télé-chirurgie en opérant de la vésicule biliaire une patiente, qui se trouvait à Strasbourg. Novembre 2002, les mêmes partenaires rendent possible l'analyse 3D du dossier médical d'un patient par plusieurs spécialistes distant de centaines de kilomètres. Cap sur la médecine de demain !
La médecine s’affranchit des distancesBaptisée "opération Lindbergh", la première intervention chirurgicale transatlantique avait été rendue possible grâce au savoir-faire et au talent de l'Institut de recherche contre les cancers de l'appareil digestif et de France Telecom. Son auteur, le Pr. Marescaux déclarait alors que cette intervention chirurgicale réalisée à 7000 km de distance représente la 3 e révolution chirurgicale depuis 10 ans. Mais depuis cette date, une nouvelle révolution a eu lieu !

Un télé-diagnostic en trois dimensions

Dévoilé le 5 novembre 2002, Argonaute 3D est décrit comme "une plate-forme expérimentale permettant à plusieurs acteurs distants du corps médical d'analyser et de traiter ensemble en temps réel le dossier d'un patient reconstitué en trois dimensions, afin de décider de la meilleure stratégie opératoire à adopter".
Concrètement, la prise en charge optimale d'un patient se passe actuellement selon le schéma suivant :
  • Un patient se rend chez son médecin généraliste qui, après l'avoir examiné, décèle un risque de tumeur. Le radiologue réalise des clichés en deux dimensions, les étudie et rédige une synthèse. Le patient revient alors vers son médecin généraliste qui, suite à la conclusion de son confrère, envoie les clichés à un cancérologue. Cet expert lui confirme le diagnostic et l'oriente sur le traitement à appliquer (radiothérapie ou intervention chirurgicale). Le médecin généraliste informe son patient et transmet son dossier au chirurgien. A la vue des clichés, ce dernier décide de l'intervention à réaliser. Après l'opération, de plus amples analyses sont effectuées et transmises au médecin traitant. Entre la première consultation et l'intervention, plusieurs semaines voire plusieurs mois se sont écoulés… un délai difficilement compatible avec une maladie qui peut être évolutive.
Mais d emain, l'innovation Argonaute 3D pourrait totalement bouleverser la donne :
  • Une fois les scanners et les IRM réalisés et assemblés autour d'une reconstruction 3D, l'ensemble des médecins se connectent ensemble à une plate-forme expérimentale grâce à un portail Web et discutent du cas clinique en temps réel et à distance. Ils pourront ainsi visualiser en trois dimensions la pathologie grâce à des images 3D, discuter de la localisation des lésions, simuler les thérapies envisageables et décider ensemble de la meilleure stratégie opératoire à adopter.
Après la théorie : la pratique
Une première simulation et utilisation de la plate-forme expérimentale Argonaute 3D s'est déroulée le 5 novembre 2002. Depuis plusieurs sites (Strasbourg, Brest, Paris et Lannion), la première expérimentation a permis la coordination de :
  • Le Docteur Christine Vidal, médecin généraliste, à Lannion ;
  • Le professeur Jacques Marescaux, expert en chirurgie des cancers de l'appareil digestif à Paris ;
  • Le professeur Luc Soler (IRCAD), expert en imagerie médicale et le professeur Afshin Gangi, radiologue, à Strasbourg ;
  • Le Professeur Patrick Lozac'h, chirurgien, au CHU de Brest.
Au programme, établir le diagnostic d'un patient atteint d'un cancer du foie. Grâce à différents clics, les veines et les tumeurs se colorent différemment. La localisation d'une tumeur située près d'une artère complique l'opération. Les experts choisissent ensuite la meilleure façon de détruire la tumeur par laser, sans endommager les poumons et la rate.

Des avantages multiples

Les avantages sont nombreux pour le patient :
  • Amélioration de la prise en charge thérapeutique
En réseau, plusieurs experts médicaux peuvent gagner beaucoup de temps dans l'anal yse de la pathologie et dans la préparation de l'acte chirurgical ;
  • Amélioration du diagnostic et de la stratégie chirurgicale
Grâce à une meilleure visualisation de la pathologie, ces échanges permettent aux intervenants de débattre en direct et de fournir une analyse plus approfondie du cas clinique présenté ;
  • Accès facilité aux experts médicaux
Le patient, où qu'il se trouve géographiquement, profite de cette avancée technologique : le cas peut en effet être traité depuis de nombreuses localisations grâce à la mise en réseau de son dossier.
"Argonaute 3D est une réelle évolution pour l'ensemble du corps médical" commente le professeur Jacques Marescaux. "A l'IRCAD, nous développions depuis 1995 un outil de reconstitution en 3 dimensions du patient et de ses pathologies. Il nous manquait cependant l'essentiel : la possibilité de travailler de façon coopérative, à distance et en temps réel, sur le cas clinique d'un patient (…). Argonaute 3D est une nouvelle étape dans la prise en charge thérapeutique du patient et dans la façon de travailler des équipes médicales". En novembre 2001, cet expert nous déclarait déjà : "La chirurgie passe de l'ère industrielle à l'ère de l'information. Ceux qui la refusent ne réussiront pas à répondre à la demande de leurs patients et se retrouveront isolés face à leurs confrères. Nous devons balayer la notion d'individualisme qui reste attachée à l'image du corps médical et accepter d'être plus humbles. Les médecins ont commencé à partager des images fixes, puis des images animées, nous allons à présent vers le partage du geste, ce que l'on peut appeler le télé-compagnonnage. A l'avenir, les jeunes chirurgiens pourront être assistés à distance sur leurs premières opérations, gagnant en sûreté". Vaste programme !

 10 La stimulation cérébrale : avenir de la neurochirurgie

Loin des lobotomies ou autres procédures mutilantes, la stimulation cérébrale offre aujourd'hui de nouveaux horizons à la neurochirurgie. Il est maintenant possible de soulager efficacement des patients atteints de la maladie de Parkinson ou de troubles obsessionnels compulsifs. Cette technique pourrait demain concerner d'autres maladies.
Les yeux ouverts, parfaitement réveillé, Alain est constamment sollicité alors que le chirurgien implante au coeur de son cerveau des électrodes au millimètre près. Cette technique impressionnante a permis à des centaines d'autres patients atteints de la maladie de Parkinson de retrouver une vie normale.

Neurochirurgie : la fin de la mauvaise réputation ?

Stimulation cérébraleFini la lobotomie et autres opérations chirurgicales mutilantes, la stimulation cérébrale permet de redorer le blason d'une discipline qui n'a pas bonne presse. Contrairement aux opérations pratiquées principalement dans les années 1950, la nouvelle technique est pratiquement dépourvue de complications et n'entraîne pas de destructions cérébrales définitives.
Elle consiste à l'introduction de mini-électrodes délivrant des impulsions à haute fréquence au sein d'une zone cérébrale profonde de la taille d'un petit pois. Les stimulations à haute fréquence inhibent les neurones et interrompent la transmission du message nerveux. Le groupement de neurones ciblé intervient dans un contrôle particulier que l'on veut modifier.
La stimulation électrique de ces structures cérébrales modifie leur fonctionnement et améliore les symptômes. Grâce au développement de l'imagerie cérébrale, certaines zones ont pu être identifiée avec précision.
Bien entendu, une fois en place, les stimulations se font sans que le patient n'en soit conscient et les électrodes ne sont pas visibles de l'extérieur. Ce procédé fonctionne sur le même modèle que le pacemaker pour le coeur, les deux électrodes sont reliées au stimulateur placé sous la peau. Pour le moment, cette technique a démontré une certaine efficacité dans le cadre du traitement de la maladie de Parkinson et, par hasard, des troubles obsessionnels compulsifs.
La nécessité d'un suivi rigoureux permet un contrôler régulièrement l'évolution du traitement. En cas de problème, il est possible d'arrêter le traitement en arrêtant les stimulations voire en enlevant les électrodes.

Stimulation cérébrale profonde contre la maladie de Parkinson

Plusieurs centaines de patients souffrant de la maladie de Parkinson avancée ont été traitées avec succès grâce à l'implantation d'électrodes au niveau d'une région du cerveau située sous le thalamus : le noyau sous-thalamique. Ces électrodes sont alors reliées par un câble sous-cutané à un petit boîtier de stimulation placé juste sous la clavicule.
La stimulation a réellement amélioré la qualité de vie des patients en agissant sur la triade des symptômes de la maladie de Parkinson : les tremblements, la raideur et la difficulté à contrôler ses mouvements. La stimulation profonde n'est indiquée qu'à des malades depuis plus de 5 ans. Aujourd'hui, en France, seule une quinzaine de centres réalisent ce type d'intervention de neurochirurgie. Et malheureusement, un nombre restreint de malades a accès à cette technique, en raison de la lourdeur de l'intervention et de son coût très élevé.
Plus récemment, une équipe du Groupe hospitalier de la Pitié-Salpétrière ont fortuitement découvert une nouvelle application à cette technique. Au cours de l'enquête psychologique précédant l'intervention, les chercheurs ont constaté la présence de troubles obsessionnels compulsifs chez deux parkinsoniens. Les deux patients opérés et suivis par l'équipe de la Salpetrière, ont vu leurs TOC quasi disparaître. 18 mois après l'intervention, l'arrêt de ces troubles psychiatriques est toujours observé.
Quant à leur maladie de Parkinson, l'amélioration des troubles moteurs a été presque complète chez l'un des malades, et seulement partielle chez l'autre. Bien que ne concernant que deux personnes, cette observation suggère que l'électrostimulation peut agir non seulement sur des symptômes neurologiques mais également des phénomènes psychiatriques.

Vers des applications contre les maladies psychiatriques ?

Spécialiste du traitement neurochirurgical de la maladie de Parkinson, le Pr. Alim-Louis Benabid avait saisi en octobre 2001 le Comité Consultatif national d'éthique (CCNE) sur les implications éthiques liées au développement de nouvelles applications de ce traitement. En juin 2002, le CCNE donnait son feu vert de principe tout en fixant des limites assez strictes. Vis-à-vis d'autres applications possibles (dépressions graves résistantes au traitement, psychoses schizophréniques résistantes au traitement…), le comité émet des réserves, en l'absence d'études complémentaires. Dans tous les cas, un encadrement très strict de ces pratiques, la mise en place d'un comité de contrôle et l'acceptation du traitement par le malade sont essentiels. Ces restrictions devraient, selon le CCNE, éviter les risques de dérives.
L'intérêt scientifique pour cette technique est très élevé. Lors du troisième forum européen sur les neurosciences en juillet 2002, le Pr. Benabid rappelait que les chercheurs ont évoqué une large gamme d'applications potentielles dans des cas aussi variés que l'épilepsie et l'obésité due à un dysfonctionnement endocrinien. Le professeur avait également évoqué de possibles applications préventives : "Des expériences sont par ailleurs en cours de réalisation pour envisager les façons d'utiliser cette technique pour développer des méthodes neuroprotectrices. Ces dernières pourraient servir à empêcher les lésions du système nerveux, et donc les troubles neurologiques".
Source : ICI

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